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Découvertes de Mars Global Surveyor (1)
A l’eau Mars ? Répondez…
Par Roland Keller
Rédigé le: 10.7.2000 , Publié le: 5 août 2000

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Deux découvertes de la sonde spatiale Mars Global Surveyor relancent l’existence d’une forme de vie sur la planète rouge. Première preuve, il y a deux à trois fois plus d’eau sur Mars qu’on ne le pensait. Deuxième constatation: le précieux liquide enfoui dans des roches poreuses, aurait récemment, comme dans une casserole, vomit et coulé à la surface de la planète rouge, creusant des ravins dans les parois de certains cratères. Les scientifiques restent pantois.

La nouvelle n’était pas forcément une surprise. Lorsque l’Agence spatiale américaine (NASA) annonçait le 22 juin dernier l’existence d’eau sous la planète Mars, le monde scientifique savait depuis bien longtemps qu’elle en possédait abondamment autrefois jusqu’à former des océans.

Grâce aux diverses sondes spatiales, notamment Mariner 9 en 1972 et Viking en 1976, les images recueillies dévoilaient déjà que l’eau a bel et bien coulé à la surface de la planète, suffisamment pour sculpter le sol et, par endroits, le faire s’effondrer pour créer d’immenses dépressions d’où émergent de larges canaux.

Au sud de la planète, dans la région de Chrys Planitia, les savants avaient devinés des épanchements d’eau ainsi que des écoulements visqueux ressemblant à des structures similaires apparaissant sur notre planète. Ensuite, dans un autre endroit de Mars, le cratère Yuti et ses éjectants fluidisés faisaient déjà penser à une région dont le sous-sol serait susceptible de renfermer de l’eau. Puis, les flancs des monts Alta Patera tailladés de failles et ceux de Magala Wallis, offrirent aux scientifiques l’hypothèse de l’existence d’eau. Enfin, les accidents de terrains de Nylosyrtis Region identiques à d’autres régions terrestres, montraient des zones éprouvées par le gel et le dégel, faisant spéculer la présence  de glace dans le sous-sol.

Aujourd’hui, tous les témoignages de la présence de glace souterraine, a fortiori d’eau, concordent à la conclusion que notre précieux liquide a existé. On savait depuis combien de temps, soit un milliard d’années, mais on ne pensait pas que de l’eau pouvait encore être présente aujourd’hui sous forme liquide.

Comme des rigoles terrestres

Il aura donc fallut analyser avec soin quelque 150 images sur les 65'000 photos à haute résolution prises par la sonde américaine Mars Global Surveyor, pour en avoir le cœur net. Et c’est au mois de décembre 1997 que les premières preuves tangibles de présence d’eau sont agréées au cœur de la communauté scientifique.
En phase d'aérofreinage, Mars Global Surveyor, avait déjà envoyé une image révélatrice. Celle assez étrange d'un cratère d’impact de 50 kilomètres de diamètre situé dans l'hémisphère sud, dans la région de Noachis Terra. La résolution du cliché de 20 mètres par pixel a permis d'apercevoir distinctement des sortes de ravines en forme de V sur le flanc du cratère partant du même niveau et se prolongeant par un fin chenal. Le fond du cratère se présentait très sombre, comme si les terrains avaient été imbibés d'eau, celle-ci ayant formé une petite mare avant de disparaître dans l'atmosphère ou dans le sol. Malgré l'aspect intriguant de l'image, la NASA a évidemment recommandé une extrême prudence dans son interprétation. D'autres phénomènes, comme des coulées de lave ou des avalanches de matériaux rocheux, pourraient effectivement expliquer les formes observées.

Trois ans plus tard, soit ce dernier 22 juin, deux chercheurs, Michael Malin, lequel porte bien son nom et Kenneth Edgett, mettent en évidence des formes similaires d'écoulements sur des images à très haute résolution, 2 à 8 mètres par pixel.

Et là, les savants restent pantois. Chaque rigole comporte trois éléments géomorphologiques distincts typiques d’écoulements d'eau identiques à ceux de la Terre. A l'amont, les savants découvrent une sorte de dépression en forme d'amphithéâtre, qui correspond plus ou moins à la source elle-même. Cette dépression se prolonge vers l'aval par un chenal en V qui entaille de manière très nette la pente rocheuse. Après quelques centaines de mètres, le chenal semble disparaître en donnant naissance à un delta formé d'accumulation des débris charriés par l'écoulement.

Nappes phréatiques

Et c’est la première grande surprise. Les ravins creusés dans les parois de certains cratères sont plus récents que l’on croyait. Aucun ne semble avoir plus d’un million d’années et ils auraient aussi bien pu se former hier.

L’eau qui aurait alimenté ces coulées de boues proviendrait du sous-sol et se trouverait sous forme liquide à 100 ou 400 mètres de profondeur, dans certaines régions de la planète. À ces profondeurs, la pression est suffisante pour qu’elle reste liquide. Au niveau du sol, la pression atmosphérique, qui ne représente que 1% de celle de la Terre, est si faible que l’eau bout et s’évapore rapidement.

Puisque ni le Soleil, ni le volcanisme ne sont en cause, les chercheurs croient que l’eau souterraine suinte à travers la paroi rocheuse, où le froid intense crée un bouchon de glace. L’eau s’accumule derrière cet obstacle naturel jusqu’à ce que la pression croissante le fasse sauter et le liquide déferle alors en torrents avant de s’évaporer.

Les torrents sont de bonne taille. Les débris accumulés à leur bout ont exigé, dans certains cas, le travail d’au moins 2’500 mètres cubes d’eau. De quoi remplir sept grandes piscines ou alimenter cent maisons en eau pendant un mois. Les ravins sont souvent regroupés en formations serrées, plusieurs trouvant leur point d’origine le long de la même formation géologique. Ceci donne à penser que le sous-sol martien contient l’équivalent des nappes phréatiques terrestres, de grandes masses d’eau emprisonnées sous la surface.

Forme de vie ?

Deuxième grande surprise: l’évaporation. Certes, on savait qu’en raison de sa pression atmosphérique fluette, l’eau en abondance il y a des lustres s’est échappée de Mars dans sa quasi totalité. Mais pas au point d’en garder deux à trois fois plus qu’on ne l’imaginait. Cette constatation a été réalisée dans la mesure du taux de deutérium, un isotope d’hydrogène lourd dans l’eau, en plus grande proportion sur Mars que sur la Terre.

Ainsi,  de découvertes en découvertes, les savants sont régulièrement surpris de leurs résultats qui les amènent à se poser des questions sur les probabilités d’une forme de vie fossile, bactérienne ou, pourquoi pas, humaine.

De surcroît, les révélations des engins automatiques expédiés vers la planète rouge offrent plus de paradoxes qu’ils ne soulèvent de questions.  D’abord, l’analyse des échantillons prélevés par Viking ont montré que le sol martien ne contient aucune matière organique identique à la Terre. Bien que de faibles quantités de molécules organiques soient apportées continuellement à la surface de Mars par les météorites, elles sont apparemment détruites avant d’avoir une chance de s’accumuler.

Ensuite, en 1996, les savants constatent tout de même la présence de bactéries vivantes dans une météorite martienne retrouvée dans l’Antarctique. Les composants identifiés dans cette roche ont des origines biologiques. Ce sont des hydrocarbures aromatiques, dit polycycliques, qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec de l’aromate. Les savants ont également décelé des minéraux tels que la magnétite et le sulfate de fer, qui sont, sur terre, liés à une action bactérienne. Selon certains, ces indices seraient la preuve d’une vie passée sur Mars. ( voir Echo Magazine No43, du 24.10.1996 ).

Aujourd’hui, de l’eau fraîche serait bel et bien présente sur et sous la planète rouge et l’on peut se demander quelles autres surprises nous attendent demain. A l’eau Mars ? Répondez…

L’ozone a disparu

Aujourd’hui, la planète rouge est un astre froid et sec, un désert balayé par le vent qui contient de vastes étendues de dunes de sable attestant de la vigueur des processus de dépôt et d'érosions. Son atmosphère carbonisée contient aussi des nuages ondulés résultant de l’ascension de masses d’air humides. L’ozone, absorbé par le rayonnement solaire, a pratiquement disparu. Les rayons ultra-violets ont carrément brûlé le sol. Bref, par un grand froid persistant (- 60 degrés Celsius) la vie martienne serait exécrable et aride à sa surface, mais pas forcément sous son sol.

Les traces d’eau de l’atmosphère martienne

L’atmosphère martienne se compose de 95,3% de gaz carbonique, 27% d’azote, 1,6% d’argon, ainsi que de 0,2% d’oxygène et de traces de vapeur d’eau et de gaz rares. La pression moyenne à la surface égale celle à une altitude de 35 km dans l’atmosphère terrestre. Les températures de surface varient grandement selon l’heure de la journée, la saison et la latitude. Elles peuvent atteindre +!22!°C au maximum en été, mais quotidiennement ne dépassent pas -!33!°C en moyenne.

En raison de la raréfaction de l’atmosphère, des variations de températures journalières de 100!°C sont courantes. En direction des pôles, au-delà d’environ 50° de latitude, les températures demeurent glaciales tout au long de l’hiver (-!140!°C), afin que le principal constituant de l’atmosphère gèle pour former les dépôts blancs des calottes polaires. La pression atmosphérique totale à la surface varie d’environ 30%, du fait du cycle saisonnier des calottes polaires.

La concentration de vapeur d’eau atmosphérique est la plus élevée près de la lisière des calottes polaires au printemps.

De l’eau aussi sur la Lune

Selon les observations de la sonde Lunar Prospector en 1998, la Lune contiendrait aussi une forte présence d’eau très éparpillée aux pôles Nord et Sud.

La quantité du liquide gelé est évaluée par les savants à au moins 11 millions de tonnes. Cette eau pourrait remplir un lac de 10 kilomètres carrés et d'une profondeur de 11 mètres et devrait permettre une colonisation de la Lune pendant des années. Et à la NASA de faire déjà ses calculs: s'il y avait sur la Lune 33 millions de tonnes de glace, ce serait suffisant pour permettre à une communauté comprenant mille foyers de deux personnes de vivre pendant bien plus d'un siècle, sans recyclage.

Une exploitation de notre satellite est déjà prévisible. L'eau étant composée d'hydrogène et d'oxygène, les principaux éléments du comburant utilisé pour le moteur principal de la navette spatiale, ce seraient ces ressources que les astronautes pourraient utiliser pour aller sur Mars ou ailleurs dans le système solaire.

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