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La station spatiale internationale enfin habitable
Une confédération sur orbite
Rédigé le: 7 août 2000
Publié
le: 5 octobre 2000, Echo Magazine
Par Roland Keller  [index]
Malgré ses déboires financiers et ses retards incessants, la station spatiale internationale est enfin devenue habitable grâce à son module russe Zvezda. Premier port orbital, observatoire permanent de l’environnement, laboratoire de recherche et tremplin pour la Lune, ce gigantesque assemblage pourra confédérer plusieurs nations sur orbite.

Gouffre financier sans utilité pour ses détracteurs, la station spatiale internationale (International Space Station-ISS) jouera un rôle clé dans l’avenir de l’humanité pour ses défenseurs. Avec un budget sans cesse remis en cause, de l’ordre de 60 milliards de dollars, cette infrastructure orbitale sera un grand centre de recherche et le premier port en eaux profondes dans l'espace. Les "yeux" de cette sorte d’auberge céleste, pointés vers le bas, observeront notre planète et l'atmosphère terrestre, et, vers le haut, les étoiles, sans être perturbés par l'effet filtrant de l'atmosphère.

L’ISS sera donc un avant poste parfait d’où l’on pourra étudier les interactions Terre-Soleil et conduire des recherches sur les problèmes de l’environnement.

Production de super-alliages

La station fonctionnera comme un labo scientifique de pointe des technologies futures et une installation de recherche avancée en médecine, biologie et sciences des matériaux. Ingénieurs et chercheurs du monde entier pourront étudier les matériaux dans leur forme la plus pure ainsi que des processus qui sont difficiles à reproduire sur terre en raison de la pesanteur. Par exemple, les polymères (matières plastiques, résines, latex), les semi-conducteurs utilisés pour fabriquer les ordinateurs et les circuits électroniques à grande vitesse ou les supra-conducteurs à haute température pour produire des appareils électriques.

Les expériences en micro-gravité déboucheront sur la production de super-alliages plus résistants et beaucoup plus légers. De même, une meilleure compréhension des phénomènes de combustion contribuera à économiser l’énergie sur terre.

Déjà, les recherches conduites sur de grands éléments de la station spatiale débouchent sur de nouveaux logiciels qui permettront de réaliser des structures, telles que des antennes, dont la légèreté contribuera à la précision du pointage. De tels progrès vont profiter aux industries des télécommunications, des services publics et des transports.

Traitement des maladies cardio-vasculaires

L’ISS devrait ouvrir des voies vers de nouvelles connaissances sur la santé de l’homme, la prévention et le traitement des maladies, notamment sur le fonctionnement du cœur, des poumons et des reins, sur les maladies cardio-vasculaires, la perte du calcium osseux (ostéoporose) et les troubles hormonaux. 

L’apesanteur constituera également un cadre unique pour l’étude de la structure et des fonctions des protéines, informations qui vont améliorer sensiblement le développement de médicaments et la recherche dans le traitement de nombreuses maladies. Les résultats de ces recherches pourront avoir un effet bénéfique majeur sur la maîtrise des dépenses de santé, problème auquel sont confrontés tous les gouvernements européens face au vieillissement des populations.

Encore cinq ans de travail

La station pourrait aussi autoriser les opérateurs commerciaux de satellites à tester sans risque de nouvelles technologies, tâche qu'ils laissaient "prudemment" aux agences spatiales et aux satellites scientifiques financés par les fonds publics. Elle permettra de partir à moindre coût vers la Lune et d'autres planètes, ou de réparer des satellites, comme cela se pratique déjà avec la navette américaine (cf. la réparation du télescope Hubble par l’astronaute suisse Claude Nicollier).

Le module russe Zvezda, amarré à l’ISS depuis le 26 juillet dernier, est paré pour accueillir des équipages, lesquels se relayeront régulièrement sur orbite pour rendre la station habitable en permanence.

Mais il restera encore beaucoup à faire pour parachever cet imposant « mécano de l’espace ». Une quarantaine de vols de navettes américaines, de modules russes et de fusées européennes devront encore acheminer le reste de l’infrastructure. Puis, il faudra régulièrement monter la-haut ravitailler les équipages de nourriture, les modules de carburant et les labos de leurs instruments. Ce ne sera pas une simple affaire, car les fusées américaines ou russes sont tirées au ralenti, ces temps, tiraillées par des contraintes technico-économiques et financières. A ce rythme là, l’ensemble du complexe orbital ne devrait pas être prêt avant cinq ans ou six ans, voire davantage.

© Top-news
(reproduction interdite)

Une histoire contreversée

La première épure de la station spatiale internationale date de 1984 déjà. A l’époque, les Américains avaient misé sur une gigantesque structure métallique composée de divers modules construits et amenés par eux. Baptisée fièrement «Freedom» (liberté) par le président de l’époque, Ronald Reagan, cette station là devait devenir la plus imposante structure orbitale jamais réalisée et elle devait être habitée en permanence.

Le congrès américain n’y croyait pas trop. Des voix s’étaient élevées contre ce projet qualifié de «trou noir budgétaire de l’espace». Les initiateurs du projet osaient à peine avancer les chiffres: une ardoise de quelque vingt milliards de dollars.

Le 29 septembre 1988, soit quatre ans plus tard, les Etats-Unis signaient avec leurs alliés européens, canadiens et japonais, un accord de partenariat pour la construction de l’ «auberge spatiale », lesquels étaient d’accord de débourser le tiers du budget initial.

Version émaciée

Le 7 juin 1991, la chambre des représentants sauvait la mise. Les crédits de ce programme étaient à nouveau restaurés. Mais, le 17 juin 1993, le président Clinton annonçait une version émaciée de la station avec beaucoup moins de modules, moins d’astronautes, moins d’expériences. Ce choix devait permettre 18 milliards de dollars d'économies sur une période de vingt ans.

Même le nom de la station avait été modifié. De Freedom, il passa à Alpha, puis à ISS ( International Space Station). D’année en année, le projet fut régulièrement menacé, en raison principalement des restrictions budgétaires.

Les Russes, malgré des retards consécutifs,  venaient apporter un peu d’eau au moulin spatial en lançant son premier module de propulsion Zaria (l’aube), le 20 novembre 1998. Et la construction de la station pouvait enfin commencer.

Zvezda, 3ème moule, habitable

Dès lors, les événements se succédèrent au pas cadencé. Le 3 décembre 1998, la navette spatiale américaine lançait sur orbite le deuxième module Unity, un adaptateur d’accouplement pressurisé destiné à recevoir plus tard d’autres vaisseaux spatiaux.

Puis, deux autres navettes, Discovery le 27 mai 1999, et Atlantis le 26 avril dernier, emmenaient respectivement, un module habitable Spacehab puis du matériel pour rehausser la station de son orbite. Enfin, le 3ème élément de la station, le module de service Zvezda,  pouvait être amarré à l’ISS le 26 juillet dernier par une fusée russe Proton K. Le raccordement de Zvezda aux deux éléments déjà en orbite, Zaria et Unity, marquait ainsi une étape décisive en ce sens que la station est aujourd’hui habitable et qu’il est possible d’y mener des recherches scientifiques. Enfin !

Coopération tous azimuts

La station spatiale internationale nécessitera la participation active de tous ses acteurs. Quelques chiffres :
Partenaires :
16 pays; Etats-Unis, Russie, Canada, Japon, Brésil, Belgique, Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-bas, Norvège, Espagne, Suède, l'Angleterre et la Suisse.
Eléments de la station à réaliser par chaque partenaire :

Etats-Unis: la moitié du volume habitable de l' ISS, trois nœuds de connexion (dont Unity), la majorité des panneaux solaires et la poutre longue de 100m qui les supporte, un laboratoire, un sas de sortie extra véhiculaire, une coupole d' observation, un véhicule de secours des astronautes (X38), une centrifugeuse et le dernier module d' habitation
Russie: quatre compartiments d' arrimage, une plate-forme d' expérimentation scientifique, deux modules de recherche, ainsi que deux vaisseaux Soyouz.
Canada: bras articulé manipulateur pour les travaux de précision en extérieur.
Japon: laboratoire de recherche (JEM), un second bras articulé, un module expérimental, ainsi qu' un dispositif d' études d' échantillons exposés au vide sidéral.
L’Agence spatiale européenne (ESA): un bras robotisé, un laboratoire Columbus, un cargo automatique (ATV) via Ariane 5.
Brésil: une palette mobile porteuse de dispositifs expérimentaux restant à l' extérieur de la station.
Laboratoires: six.
Equipage permanent: six à sept personnes.
Altitude: 400 km ( en moyenne) au-dessus de la Terre.
Inclinaison: 51,6 degrés par rapport à l’Equateur.
Orbite:  90 minutes pour faire le tour de la Terre.
Dimensions de la station: longueur, 108m; largeur, 74m; poids, 455'855 kg ; espace habitable, 1300 m3.

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